Les naïades sont une variété de nymphes aquatiques vivant dans les eaux courantes, les rivières, les fleuves, les ruissaux, les sources et les fontaines. Dans la mythologie grecque, elles sont les filles de Zeus et mères des satyres et des silènes. Ce sont elles qui ont élevé Hermès et Dionysos.
Prenant l'apparence de ravissantes jeunes filles couronnées de fleurs, elles ont coutume d'attirer à elles de beaux jeunes gens, qui à leur simple vue perdent l'esprit et n'hésitent pas à plonger dans l'eau pour les rejoindre plus vite. Une légende des Pyrénées rapporte qu' "un jeune seigneur, que la fée d'une fontaine des environs de Carouge avait séduit, allait la retrouver sous les eaux, et, après une nuit d'amour, elle lui permettait de retourner à son château."
Mais la plupart du temps, les amants des naïades ne reviennent pas, demeurant prisonniers de la belle, qui les accueille dans sa vaste demeure cachée au fond de la fontaine. C'est pourquoi les Anciens recommandaient de ne jamais s'approcher trop près des sources et des fontaines, pour éviter de tomber sous le charme de ces adorables mais dangereuses demoiselles. Ismaël Mérindol raconte que, lorsqu'il souhaitait s'abreuver à quelque source ou fontaine providentielle, il prenait toujours soin de fermer les yeux avant de se pencher sur l'onde, pour ne point courir le risque d'y croiser le visage enjôleur de quelque naïade au sourire mutin et d'être tenté de succomber à ses charmes : "Mieux vaut-il boire en aveugle l'eau fraïche des fontaines que s'y noyer les yeux grand ouverts" , aimait-il à répéter.
[g]Les dames des fontaines.
Les naïades veillent à la bonne tenue des fontaines, auxquelles elles ont la plupart du temps donné naissance, soit en frappant à terre de leur pied, soit en pleurant un amour déçu. Elles font alors office de fées des fontaines. C'est la raison pour laquelle la plupart des fontaines leur sont dédiées : fontaine des Fées, fontaine des Demoiselle, fontaine à la Dame, fontaine aux Dame, fontaine à la Bonne Dame, fontaine de la Belle Fée, ect.
Ces dames des fontaines ont coutume de faire leur toilette dans l'onde pure et de peigner leur longue chevelure, assises au bord de la margelle. Mais elles n'aiment pas à être épiées ou surveillées : "Aux environs de Condé, on avait soin de s'écarter à la nuit close de la fontaine aux Dames. Un paysant qui passait auprès vit une jeune fille vêtue de blanc sur une pierre mousseuse. Elle ne paraissait pas l'apercevoir et démêlait ses longs cheveux blonds. Le paysant s'arrêta d'abord, surpris, mais comme il était trop avancé pour reculer, il continua de cheminer, et quand il fut en face de l'apparition, il dit :"Ma belle demoiselle, vous êtes de bonne heure à votre toilette." La fille leva sur lui un froid regard qui la glaça, en disant : "Passe ton chemin ; si le jour est à toi, la nuit est à moi" ; et elle se remis à peigner son opulente chevelure."
Parfois, les naïades n'hésitent pas à noyer les mortels trop curieux qui se penchent au-dessus des fontaines pour tenter de contempler leur royaume immergé. Si on leur manque de respect, elles assèchent les sources et tarissent les fontaines. Et , plus que tout, elles ont en horreur les malpropres qui souillent l'eau qu'elles réservent à leur ablutions. Elles quittent alors à jamais le lieu, après s'être cruellement vengées des fautifs. En revanche, elles apprécient qu'on leur fasse certaines offandes, de peu de valeur pour les mortels mais sans prix pour elles. Elles raffolent particulièrement des assiètes cassées, des tessons de bouteille, des morceaux de pain et des épingles. L'abbé Piederrière (1810-1886) raconte que ces menus cadeaux avaient pour effet de faire rire la naïade cachée dans la fameuse fontaine de Barenton, en forêt de Brocéliande : "Nous avions toujours soin de porter avec nous du pain et des épingles : aussi, chaque fois que nous jetions une miette de pain ou un épingle dans la fontaine, la fée nous riait à merveille. De nombreuses bulles se détachaient de la vase et nous arrivaient à la surface semblables à des perles cristallines."
Naïades slaves.
La fossegrim norvegienne est une belle naïade aux cheveux blonds, mesurant à peine trente centimètres, qui se cache derrière les cascades pour chanter mélodieusement en s'accompagnant des accents nostalgiques de son violon, ce qui a pour effet de faire danser les arbres et d'arrêter les eaux dans leur chute. Les strömkarl suédois jouent du violon près des moulins et des cascades. En Ru!ssie, ce sont les roussalki qui peignent leurs et chantent dans les rivières et dans la mer Noire. Lorsqu'une jeune fille se noie, elle devient une roussalki, au teint pâle et aux yeux verdâtres, vêtue d'une robe de brume. Pour se prémunir de leurs charmes vénéneux, il suffit de porter à la main une feuille d'absinthe. Les merminnes hollandaises ont des dents en arête de poisson et des cheveux couleur vert de mer. De même, les vodianoï russes sont des naïades aux cheveux verts et aux corps gonflés comme ceux des noyés. Elles se baignent à proximité des moulins à eau et frappent d'hydropisie ceux qui les observent. Citons encore les wassernixen, les wellenmädchen, les wasserholde, les brunnenholde, les wasserfrauen, les seejungfrauen, les meerwieber et mille autres créatures des eaux dont regorgent les légendes du folklore germanique et nordique.