Les farfadets sont des esprits follets de la forêts dont le nom dérive de fade, "fée", bien qu'ils n'aient que peu de relations avec celles-ci.
La vallée l'Egray, aux environs de Germond, dans les Deux-Sèvres, était à la fin du 19ième siècle considérée comme le domaine exclusif des farfadets, qui n'aimaient pas être dérangés par les femmes qui se réunissaient pour filer dans les cavernes ou les carrières. Un soir qu'elles revenaient au village, elles aperçurent des farfadets qui faisaient remonter la pente de la route, à une vitesse stupéfiante, à un énorme chariot aux roues grinçantes. Une des fileuses eut l'idée de faire un signe de croix, ce qui eut pour effet de faire disparaître tout à la fois farfadets et chariot.
Comme les lutins, avec lesquels on les confond parfois, les farfadets s'occupent volontiers des chevaux, dont il frisent et emmèlent les crinières, et sont généralement serviables. Il est difficile de les décrire car ils demeurent la plupart du temps invisibles, à moins qu'ils ne prennent des apparences animales. Brian Froud et Alan Lee les ont pourtant observés : "Le farfadet est un petit bonhomme ridé, fripé, au teint brunâtre, haut d'un demi-mètre, qui se promène nu ou vêtu de loques brunes. Les farfadets des montagnes n'ont ni doigts ni orteils et ceux des plaines manquent de nez."
Si à l'état sauvage le farfadet tient sa résidence dans quelque taupinière de la forêt, il joue parfois le rôle d'un esprit servant lorsqu'il s'attache à une maison ou à une femme. Il veille alors sur les troupeaux et la tenue de la maisonnée, moissonne, bat et fauche le blé, et achève les tâches que n'ont pas eu le temps de terminer les domestiques -non sans avoir puni ces derniers de leur paresse ou de leur négligence en leur assenant une volée de bâton.
Pour tous ces services, le farfadet ne demande qu'un salaire insignifiant : "En échange de sa peine, le farfadet ne veut rien de plus qu'un bol de crème ou de bon lait avec un gâteau au miel. Qu'on veuille lui donner plus, il se froisse et s'en va, ce qui arrive souvent quand la générosité maladroite du maître de maison lui fait laisser au farfadet des vêtements neufs."
Le farfadet au monastère
Les farfadets, bons petits diables, avaient également coutume de hanter les monastères. Collin de Plancy contre à ce propos l'histoire suivante : "En l'année 1221, vers le temps des vendanges, le frère cuisinier d'un monastère de Cîteau chargea deux serviteurs de garder les vignes pendant la nuit. Un soir, l'un de ces deux hommes, ayant grande envie de dormir , appela le diable à haute voix et promit de bien le payer s'il voulait la vigne à sa place. Il achevait à peine ces mots qu'un farfadet apparut.
"-Me voici prêt, dit-il à celui qui l'avait demandé. Que me donneras-tu si je remplis ta charge?
"-Je te donnerai un panier de raisins, répondit le serviteur, et du bon, à condition que tu veilles jusqu'au matin.
"Le farfadet accepta l'offre ; et le domestique rentra à la maison pour s'y reposer. Le frère cuisinier, qui était encore debout, lui demanda pourquoi il avait quitté la vigne.
"-Mon compagnon la garde, répondit-il, et il la gardera bien.
"-Va, va, reprit le cuisinier, qui n'en savait pas d'avantage, ton compagnon peut avoir besoin de toi.
"Le valet n'osa répliquer et sortit ; mais il se garda bien de paraître dans la vigne. Il appela l'autre valet, lui conta le procédé dont il s'était avisé ; et tous deux, se reposant sur la bonne garde du lutin, entrèrent dans une petite grotte qui était près de là et s'y endormirent. Les choses se passèrent aussi bien qu'on pouvait l'espérer ; le farfadet fut fidèle à son poste jusqu'au matin, et on lui donna le panier de raisins promis."
Le fléau des farfadets
En 1821, un certain Alexis Vincent Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym (1776-1852), natif de Carpentras, publia un énorme ouvrage en trois volumes, dans lequel l'auteur, que l'on peut aisément soupçonner de mythomanie et de paranoïa galopante, tente d'y faire passer les farfadets pour des démons issus de l'enfer à seule fin de le tourmenter. Il écrit notamment : "Ces coquins vont la nuit surprendre les dames, ou entrent invisiblement dans leur lit, les endorment par l'effet du magnétisme, et par l'opération farfadéenne, elles mettent au monde un enfant bâtard ou adultérin." Le même malheur, selon Berbiguier, menaçait les veuves et les demoiselles, qui voyaient leur ventre s'arrondir sans qu'elles sachent à quoi en attribuer la cause, jusqu'à ce qu'elles mettent au monde "le fruit du plaisir farfadéen". Résolu à prendre la défence de ces innocentes "victimes farfadérisées", Berbiguier inaugure son ouvrage par une dédicace à tous les empereurs, rois et princes souverains, qu'il engage à joindre leurs efforts aux siens afin de "détruire l'influence des démons, sorciers et farfadet" qui s'acharnent sur les habitants de leurs Etats : "Ah! Il y a déja longtemps que les persécutions diaboliques des farfadets auraient eu un terme sur la Terre si quelques-uns de vos sujets avaient eu le courage de les dévoiler."