Les Pucks.

Les pucks sont des lutins malicieux des forêts d'Angleterre, si répandus et populaires qu'ils ont donné leur nom à un personnage, Puck, protagoniste du Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare (1595) et de Puck, lutin de la colline, de Rudyard Kipling (1906). Puck s'inspire en fait du pwca ou pooka, lutin gallois apparenté aux feux follets, connu pour garder les troupeaux en échange d'un bol de lait et d'un morceau de pain, mais capable de commettre les pires facéties lorsqu'on lui manque de respect. Richard Price of Brecon, ami de Shakespeare, vivant précisément près de Cwm Pwca, lieu de résidence préféré du pwca. On suppose que les histoires qu'il narra au dramaturge anglais contribuèrent à brosser le prtrait de Puck.


Le bouffon de la cour des fées.

Puck fait office de bouffon à la cour du roi des fées, comme le précise Walter Scott : "Un être qui faisait constamment partie du cortège de la cour des fées anglaises était le célèbre Puck, ou Robin-good-fellow, qui jouait toujours alors dans la maison d'une personne de qualité -ou, pour nous servir d'une comparaison plus moderne, qui ressemblait au pierrot de la pantomime. Égarer un payant qui retournait chez lui ; se changer en tabouret, pour qu'une vieille commère, en voulant s'y placer, s'asseye par terre ; tels étaient les tours dont il s'amusait principalement. S'il daignait faire quelque ouvrage, pour la famille endormir, en quoi il avait quelque ressemblance avec l'esprit domestique écossais nommé brownies, l'égoïste Puck était loin de se livrer au travail le même désintéressement que le lutin du nord, qui, si l'on plaçait à sa portée des vivres ou des vêtements à son unage, quittait la maison avec mécontentement. Robin-good-fellow, au contratraire, voulait avoir nourriture et repos."
Reginald Scot, qhant à lui, rapproche Puck des hobgoblins, les lutins domestiques anglais, pour en faire un démon redouté par le peuple : "Savez-vous bien, soit dit en passant, que Robin-good-fellow et Hobgoblin étaient pour le peuple des objets de croyance et de terreur,aussi bien que les sorcières et la magiciennes le sont aujourd'hui? Dans un temps à venir, on se rira et on se moquera des sorcières, comme des illusions et des tours de Robin-good-fellow, dont on a rapporté tant d'histoires, qui sont aussi incroyables que les tours de sorcellerie, si ce n'est qu'il n'a pas plu aux traducteurs de la Bible de donner aux malins esprits le nom de Robin-good-fellow, comme ils ont nommé sorcières les devineresses, les diseuses de bonne aventure, les empoisonneuses et les femmes coupables d'imposture."
Les Pucks.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 08 septembre 2008 09:32

Modifié le lundi 08 septembre 2008 15:37

Des lutins par milliers.

Des lutins par milliers.
Les familles de lutins sont si nombreuses et variées qu'il est périlleux de vouloir les citer toutes, d'autant plus que de nouveaux clans apparaissent régulièrement. Mais nous ne pouvons résister au plaisir de citer tout de même le danser-noz, "danseur de nuit", qui fait des rondes durant toute la nuit dans les forêts ; les fouleurs, lutins sauvages qui aiment à piétiner les dormeurs ou peser sur leur estomac, à la façon des cauchemars ; les hurleurs, crieurs, appeleurs et braillards, lutins sournois qui appellent à l'aide près des côtes afin de noyer ceux qui se portent à leur rescousse ; les jetins du bord de la Rance, lutins minuscules dotés d'une force prodigieuse qui s'amusent à jeter des pierres énormes dans les champs ou à jouer au palet avec les rochers -jetin dérive d'ailleur du verbe "jeter"- ; les sautés, lutins des Vosges laids et difformes, dotés de pieds fourchus et vêtus d'amples houppelandes noires, qui vivent dans les fermes où nettoient les étables en échange d'un bol de lait ; les cadets de la région lyonnaise, qui lancent leur cri moqueur depuis la cave, le grenier ou l'éccurie ; les feriers du Suffolk, sur la côte est de l'Angleterre, à la peau couleur de sable ; et enfin le monaciello, "petit moine", lutin bienveillant de la région de Naples, vêtu d'une robe de bure et d'un chapeau à large bord.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 08 septembre 2008 15:55

Les Brownies.

Les Brownies.
Les brownies sont de bons génies du foyer que l'on trouve essentiellement en Ecosse, en Angleterre, au pays de Galles et dans l'ïle de Man.
Physiquement, ils ressemblent à des singes hauts de trois pieds, soit 90 centimètres, sans nez, au corps entièrement recouvert d'une fourrure épaisse d'où n'émergent que de grands yeux bleus. Ils sont toujours vêtus de brun.
De tempérament casanier, les brownies s'attachent généralement à une famille et à une maison dont ils deviennent les protecteurs. Ils s'occupent des besognes domestiques quotidiennes, vont quérir la sagesse lorsque la maîtresse de maison va se coucher, bercent les enfants dans leur lit pour les endormir, retrouvent les clés perdues, soufflent au maître de maison la bonne carte à jouer au whist ou la pièce à jouer aux échecs. En échange, ils ne réclament qu'une place au chaud près de la cheminée, et la liberté de se balancer sur le fer à cheval que l'on suspend à l'envers au-dessus de l'âtre, et que l'on nomme pour cette raison la "balançoire à brownies".


Les festins des brownies.

Pour les nourrir, il suffit de leur laisser bien en évidence un petit verre de lait, une louché de crème ou des gâteaux. Mais attention : ils ne supportent pas que l'on coupe pains et gâteaux avec un couteau ; il faut les rompre avec les mains, sinon ils se fâchent. Un observateur a écrit au sujet du repas du brownies : "On lui accorde de petits festins, son préféré consistant en gâteaux fais avec la farine du moulin, cuits sur les braises et couverts de miel. La maîtresse de maison doit les préparer et les disposer avec attention dans un coin où il pourra les trouver par hasard."
C'est ce gâteau qui depuis a pris le nom de brownie.


Les brownies serviteurs

Fidèles, bienveillants, placides et doux avec les enfants, les brownies sont toutefois extrêmement susceptibles : ainsi, le simple fait de les observer lorsqu'ils travaillent, ou de leur offrir des vêtements neufs, les vexe au point qu'ils abandonnent dans l'instant la maisonnée pour ne jamais y revenir.
Walter Scott confirme : "Cet esprit était aisément banni, ou, comme on le disait, payé pour s'en aller ; il ne s'agissait que de lui offrir des vivres ou des vêtements. Mais peu de personnes trouvaient sage de congédier un domestique si utile, qui les servait sans gages, sans récompense, sans qu'on eût à lui fournir l'habit et la nourriture."
Si les brownies sont la plupart du temps des mâles, il existe des brownies femelles.L'une des plus fameuse demeure Meg Moulach, "Maggie la Poilue", qui était entrée au service de la famille des Tullochgorum, à Strathspey, en Ecosse. Elle apportait les plats à table, sans cesser d'être invisible : on voyait les mets se déplacer en l'air et se poser délicatement sur la nappe. De même, elle aidait son maître à gagner aux échecs. Son mari, Brownie-Cold, "Brownie-Motte de terre", était hélas simple d'esprit, et passait son temps à jeter de la terre aux passants.
De nombreuses familles aristocratiques d'Ecosse avaient ainsi un ou plusieurs brownies à leur service. Citons notamment les MacDouglas de Ardincape, les Mac Donald de Largie, les MacKay de Kintyre, les MacLeod de Berneray et de Harris et les MacLachlan du loch Fyne. La résidence Doune de Rothiemurchus possédait également un bon brownie, mais il faisait un tel bruit en récurant les casseroles qu'il fut chassé par le maître de maison.
Le brownie attaché à la famille du laird Dalswinton prenait un tel soin de la fille de ce dernier que non seulement il favorisa ses amours avec un jeune prince, mais il l'aida à se déshabiller durant se nuit de noces, et à accoucher, après avoir été chercher la sage-femme.


Les brownies brasseurs de bière.

Les brownies interviennent également dans le brassage de la bière. Il était d'ailleurs d'usage jadis de faire une libation de bière dans une pierre creuse appelée la "pierre du brownie", afin que l'esprit domestique confère au breuvage ambré son parfum et son amertume. Mais l'essor du christianisme, hostile aux "démons", finit par faire fuir les brownies, comme l'illustre cette anecdote, rapportée par Walter Scott : "Brand nous informe qu'un jeune homme des Orcades avait coutume de brasser la bière, et lisait quelquefois sa Bible. Une vieille femme, qui était dans sa maison, lui dit que le brownie était mécontent qu'il lût ce livre, et que, s'il continuait à le faire, ils ne recevaient plus de lui aucun service. Mais le jeune homme ayant puisé de meilleures instructions dans ce livre qui déplaisait au brownie, et qui était l'objet de son courroux, ne voulut pas lui faire ce sacrifice. Il en résulta que ses deux premiers brassins furent gâtés, et ne purent servir à rien ; car, quoique la fermentation se fût d'abord bien opérée, elle cessa tout à coup, et la liqueur se refroidit. Mais le troisième réussit mieux, et produisit d'excellente ale, quoiqu'il eût refusé de satisfaire ce brownies, dont il n'entendit plus parler depuis ce moment." On raconte une autre histoire du même genre d'une amie d'Uist, qui refusa, par principe religieux, de faire le même sacrifice, exigé par cet esprit domestique. Elle perdit aussi deux brassins de bière ; mais le troisième réussit ; et le brownie, privé ainsi de ce qu'il avait si longtemps considéré comme son salaire, abandonna cette maison inhospitalière, où il avait rendu de longs et fidèles services. Le dernier endroit dans le sud de l'Ecosse qu'on suppose avoir été honoré ou avoir profité des services d'un brownie fut Bodsbeck, dans le Moffatdale."


[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 09 septembre 2008 14:38

Modifié le mercredi 10 septembre 2008 10:34

Les Gremlins.

Les Gremlins.
Les gremlins sont des lutins versés dans la mécanique et le technologie de pointe. Leur nom a été forgé par les aviateurs britanniques en poste sur la frontière nord-ouest de l'Inde durant la dernière guerre mondiale, à partir de la marque de bière Fremlin's, dont le F fut remplacé par le G des frères Grimm, auteurs d'un fameux recueil de contes de fées.
A l'origine, les gremlins étaient donc des esprits vivant dans les moteurs des avions. Malicieux, comme tous les lutins, ils s'amusaient à arrêter les moteurs en plein vol, à vider les réservoirs de leur carburant ou à provoquer mille petites pannes agaçantes. Mais ils veillaient toujours à ce que l'avion rentre à bon port, sans blessé ni pertes de vies humaines. Lorsque le mécanicien révisait le moteur, la panne avait mystérieusement disparu. Depuis, les gremlins ont émigré dans d'autre types de machines, les véhicules motorisés, les appareils ménagers ou audiovisuels et surtout les ordinateurs. Les fameux bugs et virus informatiques ne sont l'effet la plupart du temps que d'une malice des gremlins. C'est pourquoi il est important de se concilier ces esprits en disposant à côté de l'ordinateur quelque menue offrande à leur intention : un petit verre de lait ou des miettes de gâteau font très bien l'affaire. Les gremlins, ainsi amadoués, cessent de taquiner le disque dur et se révèlent, pour les habitués d'internet, le plus efficace des firewalls.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 13 septembre 2008 16:03

Les lutins.

Les lutins.
"Lutin" désigne des créatures de petite taille -infiniment plus petites que les nains-, aux m½urs joyeuses et malicieuse. Le terme "lutin", apparu en 1564, dérive de l'ancien français luitun, au 12ième siècle, dérivant lui-même du latin neptunus, dans une liste de démons datant du 7ième siècle.
Les "lutins" proprement dits sont de souche purement française, et plus particulièrement bretonne. Mais le nom est devenu un terme générique -comme "fée", "nain" ou "géant"- désignant des clans et des familles fort divers, faisant l'objet d'appellations et de descriptions différentes selon les régions. Ainsi, les fions de Bretagne vivent sur l'île de Batz, dans les grottes et les houles du littoral. Ils sont cousins des tréo-fall de l'île d'Ouessant et des fras de l'île d'Yeu. Dans les Alpes, le Jura et le canton de Vaud, en Suisse, les fantines, fouletots et ninou-nelous sont des lutins troglodytes qui vivent dans les trous de roches. Ils s'occupent plus particulièrement des vaches dans les alpages et aident les paysans. Mais si on leur manque de respect, ils tarissent le lait des vaches, dispersent le bétail ou égarent les voyageurs.
Dans les autres pays d'Europe, les lutins ont également des appellations spécifiques : on les nomme folletti en Italie, kwuelgeert et plageert en Flandre, sprites en Angleterre -ainsi, dans le nord de l'Angleterre, près des villages de Bowden et de Gateside, les cowlug sprites sont des esprits dotés de grandes oreilles qui les font ressembler à des vaches.


Lutins grégaires ou solitaires.

De même, il faut distinguer des lutins sauvages, vivant en liberté dans la nature, des lutins domestiques, ou lutins du foyer, désignés en Angleterre sous le terme de "hobgoblins". Parmi les lutins sauvages, il faut encore distinguer les lutins vivant de façon grégaire (trooping fairies), qui logent dans des lutinières souterraines aux murs torchis composé de glaise, de mousse et d'herbe parfumée, qui vont toujours par bandes nombreuses et animées, et sont vêtus de vert, et les lutins solitaires (solitary fairies), reconnaissables à leurs habits rouges.


Lutins domestiques.

La plupart des lutins sauvages se sont progressivement sédentarisés dans les maisons des hommes, notamment en Bretagne et en Grande-Bretagne, leurs contrées maternelles, devenant ainsi des lutins du foyer.
Ces lutins domestiques affectionnent par-dessus tout la bonne chaleur qui se dégage d'un feu de bois dans la cheminée. En Grande-Bretagne, on les appelle d'ailleurs hobgoblins ("lutin du foyer", hob désignant la plaque qui se trouve à côté de la cheminée).
Jean de La Fontaine fait allusion à ces lutins du foyer, qu'il appelle "follets" et qu'il situe "au Mogol" :

Il est au Mogol des follets
Qui font l'office des valets
Tiennent la maison propre, pnt soin de l'équipage,
Et quelquefois du jardinage.
Si vous touchez à leur ouvrage,
Vous gâtez tout.



Lutins bretons.

En Bretagne, les lutins sont chez eux, et mille témoignages attestent de leurs bons et loyaux services. G. Le Calvez, instituteur à Caulnes, explique : "Le lutin est le génie de la maison, de la ferme, génie bon ou mauvais, selon les procédés dont on use envers lui.
"Il est partout, au foyer, dans le grenier, le cellier, au four, au moulin, dans les grands coffres, du "Ty-koz" où l'on renferme le blé, sur les vieux bahuts, parmi les vieilles bassines de cuivre reluisantes."
Il est avéré que les lutins font de longues siestes durant le jour ; ils se tiennent alors au grenier ou dans le fenil des étables. Mais la nuit venue, lorsque tout le monde est couché, ils sortent de leur cachettes, accourent vers la pierre du foyer pour s'y réchauffer et y manger es restes du repas qu'on n'oublie jamais de leur abandonner, pelures de pommes de terre, fanes de carottes, jatte de lait, crêpe de sarrasin, parfois un peu de lard. Puis ils se mettent au travail, rangent les objets en désordre, lavent la vaisselle, balayent dans les coins, récurent les chaudrons, remplissent les brocs d'eau fraîche, en un mot prennent tout le soin possible de la maisonnée.
Ils empêchent aussi le lard de rancir et le lait de tourner, blutent la farine et glanent les épis aux champs à la suite des moissonneurs.
Les lutins aiment aussi à imiter les activités humaines, même si leurs effort ne débouchent sur aucun résultat. Marie Cocagn, vieille femme originaire de Roscoff, confia à Luzel dans la deuxième partie du 19ième siècle : "Un tailleur de ma connaissance m'a encore raconté qu'un jour qu'il était en tournée dans une ferme des environs de Saint-Pol-de-Léon, seul dans la maison comme il levait les mains à la hauteur des ses yeux pour enfiler son aiguille, il vit un lutin assis sur une poutre et qui faisait le même mouvement que lui. Il resta un moment immobile, saisi d'étonnement ; puis il jeta là le fil, aiguille et ciseaux et s'enfuit. Il avait tort d'avoir peur, car les lutins ne font de mal qu'à ceux qui leur en font d'abord."


Lutins à cheval.

Si les lutins familiers résident habituellement dans les fermes et les maisonnées, ils passent le plus clair de leur temps à l'écurie, où ils prennent grand soin des chevaux. Ils les soignent, les pansent, les étrillent et peignent soigneusement leurs crins, qu'il leur arrive de tresser comme des chevelures.
Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris au début du 13ième siècle, signale déjà que "dans les écuries apparaissent des lampes de cire desquelles semblent couler des gouttes de cire dans la crinière et dans le cou des chevaux; les crinières des chevaux sont soigneusement tressées." Un autre témoin raconte comment un palefrenier s'était assuré les services s'était assuré les services d'un lutins "qui, depuis 6 ans, avait pris soin de gouverner l'horloge et d'étriller les chevaux. Il s'acquittait de ces deux choses avec tout l'exactitude que l'on pouvait souhaiter. Je fus curieux un matin d'examiner ce manège : mon étonnement fut grand de voir courir l'étrille sur la croupe du cheval, sans être conduite par aucune mains visible..." G Le Calvez explique que "sa demeure de prédilection est l'écurie et le fenil au-dessus. C'est du fenil, par la baie pratiquée au-dessus du râtelier, que le lutin jette la nuit à ses chevaux favoris force brassées du foin le meilleur et le plus parfumé. Si le charretier est "bon garçon" (potr gentil), s'il aime ses chevaux et ne médit pas des lutins, il peut être tranquille le samedi soir quand il va chez le barbier entendre raconter des contes, ou le dimanche quand il s'attarde plus que de raison à l'auberge du bourg ou auprès de sa bonne amie : ses chevaux ne manqueront de rien ; ils auront tout à souhait ; le râtelier sera toujours garni de foin, la mangeoire, pleine d'avoine, l'auge, remplie d'eau bien claire, et le lendemain il trouvera ses chevaux étrillés et leur crin tressé."
Dans le Finistère, on pense que les lutins qui soignent les chevaux sont en réalité d'anciens valets de ferme qui, ayant négligé leur fonction de leur vivant, sont condamnés à venir les soigner après leur mort. Mais on admet aussi que, la plupart du temps, les esprits des étables sont non revenants mais véritables lutins.


Lutins lutteurs.

Collin de Plancy fait dériver "lutin" de "lutte" : "Les lutins s'appelaient ainsi parce qu'ils prenaient quelquefois plaisir ç lutter avec les hommes. Il y en avait un à Thermesse qui se battait avec tous ceux qui arrivaient dans cette ville. Au reste, les lutins ne mettent ni dureté ni violence dans tous leurs jeux."
Mais "lutin" peut également venir du vieux français hutin, qui signifie "entêté, querelleur". Ainsi, le roi de France Louis X fut surnommé "le Hutin". Issu de la même étymologie, l'"utinet" désigne le marteau du tonnelier. "Le hutin" aurait donné, par contraction, "l'hutin" puis "lutin".
De nombreux témoignages attestent en effet la force démesurée des lutins, bien peu en rapport avec leur minuscule taille. Un fabliau allemand du 13ième siècle raconte ainsi : "Un Norvégien accompagné d'un ours s'arrête chez un paysan pour y passer la nuit, mais la demeure est hantée par un lutin ainsi décrit : il mesure trois empans, est d'une force extraordinaire, porte un bonnet rouge et a l'habitude de mettre sens dessus dessous meubles et ustensiles. Au milieu de la nuit, il sort de sa cachette et s'approche du feu pour s'y chauffer, aperçoit l'ours endormi près du foyer, le frappe, et un rude combat s'ensuit. Au matin, le lutin vient déclarer au paysan qu'il s'en va et ne reviendra pas tant que le gros chat (l'ours) sera dans la maison."


Lutins lutineurs.

"Lutin" a donné aussi le verbe "lutiner", "taquiner, tourmenter comme ferait un lutin". Certains de ces esprits "lutinent la chevelure des filles" en mettant à profit leur sommeil pour emmêler leurs cheveux et leur faire des n½uds, que l'on appelle pour cette raison des "échelles de lutins". Ils ont aussi pour mauvaise habitude de cacher dans des lieux impossibles les objets les plus usuels. Ainsi, lorsqu'on égare ses clés, il faut toujours commencer par les chercher dans des endroits improbables, comme la boîte à sel, le panier à linge sale ou la marmite de la cuisine. C'est là que le lutin aura trouvé malin de les dissimuler.
Infiniment taquins et facétieux, les lutins commettent mille farces de plus ou moins bon goût. Un témoignage du 19ième siècle décrit ainsi les tours d'un lutin particulièrement tenace : "Sans être méchant , il se permettait bien des malices et lutinait surtout une vieille femme qui, tous les hivers, gardait seule le logis en l'absence de ses maîtres. Quand la vieille s'endormait au foyer, en filant sa quenouille, le lutin roulait de grosses boules dans la pièce supérieure, et la réveillait par la peur du tonnerre, qu'elle redoutait beaucoup ; d'autres fois, il brouillait son fil, poussait au feu son fuseau, flambait sa filasse à la chandelle de résine, ou mettait force sel dans sa soupe au lait ; d'autres fois encore, il dérangeait sa coiffe à pignon, nouait ses cheveux, ou lui traçait au charbon de belles moustaches noires ; le malicieux follet se permit même un soir de lui rire au nez en lui passant au cou un grand trépieds de fer."
Un tel acharnement peut avoir de quoi laisser ; tellement que des victimes des agissements des lutins ont vu en eux rien moins que des démons. Collin de Plancy dit ainsi : "Les lutins sont des démons qui ont plus de malice que de méchanceté. Ils se plaisent à tourmenter les gens et se contentent de faire plus de peur que de mal. Cardan parle d'un de ses amis qui, couchant dans une chambre que hantaient les lutins, sentir une mains, froide et molle comme du coton, passer sur son cou et son visage, et chercher à lui ouvrir la bouche. Il se garda bien de bâiller ; mais, s'éveillant en sursaut, il entendit de grand éclats de rire, sans rien voir autour de lui." Notre auteur précise qu'après avoir commis leurs niches et leurs farces, les joyeux drilles se rendent nuitamment dans les maisons pour y "buffeter le bon vin".


Lutins coquins.

Le verbe "lutiner", selon le dictionnaire Le robert, signifie non seulement "taquiner" maus aussi "harceler une femme de petites privautés par manière de plaisanterie", comme le rappelle le fameux proverbe :
Ou sont les fillettes et bon vin
C'est là que hante le lutin.

Ainsi, parmi les lutins lutineurs de donzelles, il faut citer certains lutins italiens tels que le barabao, lutin libertin et paillard de Venise qui se métamorphose en fil afin de se glisser sans être vu dans le décolleté des dames avant de s'exclamer à tue-tête : "Ah, les beaux tétons à tâter!", ou se dissimule au fond des bidets afin de mieux observer le derrière des dames ; le massariol, lutin coquin et libidineux vivant en Italie du Nord, "petit fermier" qui se loue l'été dans les fermes pour les moissons et les fenaisons et qui la nuit se métamorphose en culotte, en soutien-gorge ou en gant de toilette pour caresser les filles de ferme endormies et leur sucer les tétins -c'est là le seul salaire qu'il réclame, ou le linchetto, lutin pervers de Toscane qui inspire des rêves libidineux aux femmes et rend impuissant les hommes. Pour éloigner ce redoutable empêcheur de s'aimer en rond, les belles de Toscane connaissent la parade : lorsqu'elles accueillent leur bien-aimé dans leur lit, elles prennent soin, avant toute caresse, d'arracher l'un de leurs poils pubiens, long et frisé, qu'elles tendent au linchetto en exigeant qu'il le redresse avant le matin. Le temps que le lutin essaie de mener à bien cette tâche impossible, les amants peuvent donner libre cours au plaisir de leurs sens.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 14 septembre 2008 09:55

Modifié le mercredi 17 septembre 2008 10:33